Opinion documentée · Israël-Palestine · renseignement · stratégie · 2026-09-16
L’ennemi utile : la vieille tentation de choisir son adversaire
ParLéon Trottinski

Le 7 octobre 2023 a relancé une question dangereusement simple : Benjamin Netanyahu savait-il ? Les éléments publics permettent aujourd’hui de documenter des avertissements ignorés, des erreurs de doctrine et une longue politique de containment du Hamas. Ils ne permettent pas d’établir qu’un gouvernement israélien ait volontairement laissé commettre le massacre. L’histoire intéressante est ailleurs : dans la tentation récurrente de croire qu’un adversaire radical restera contrôlable tant qu’il paraît utile contre un autre.
Avant de commencer : quatre tiroirs qui ne sont pas le même meuble
Il y a une différence assez importante entre savoir qu’un incendie est possible, laisser traîner un bidon d’essence et avoir craqué l’allumette. Dans le débat sur le 7 octobre, ces trois phrases ont parfois été rangées dans le même tiroir.
Aider un mouvement n’est pas la même chose que l’avoir créé. Autoriser de l’argent destiné à une administration n’est pas la même chose que payer une brigade armée. Recevoir une alerte n’est pas la même chose que connaître la date, l’heure et le plan d’une attaque. Et ne pas empêcher un crime que l’on aurait dû anticiper n’est pas la même chose que vouloir qu’il se produise.
Ces distinctions ne servent pas à blanchir qui que ce soit. Elles servent à pouvoir reprocher exactement ce qui est documenté, ce qui est déjà largement suffisant dans plusieurs des épisodes qui suivent.
Autre précaution : aucune de ces pratiques n’est une spécialité israélienne. Les États ont une longue et peu glorieuse tradition consistant à soutenir le mauvais groupe parce qu’il combat le groupe encore plus mauvais à leurs yeux. Je parle ici d’Israël parce que c’est l’objet de l’article, pas parce que le cynisme géopolitique aurait été inventé à Tel-Aviv.
1954 : le faux drapeau qui n’a pas besoin de guillemets
Commençons par un cas qui n’a rien à voir avec le Hamas, mais qui a une vertu méthodologique : il rappelle qu’une opération sous fausse attribution peut être un fait historique sans que toutes les théories de faux drapeau deviennent vraies par contagion.
Pendant l’été 1954, dans l’opération Susannah, le renseignement militaire israélien recrute des Juifs égyptiens pour poser des bombes dans des cinémas, bibliothèques et centres américains ou britanniques en Égypte. Les engins sont programmés pour exploser après la fermeture. L’objectif est que les attaques soient attribuées notamment aux Frères musulmans, à des communistes ou à des nationalistes locaux, afin de détériorer les relations entre l’Égypte et les puissances occidentales. Le ministère israélien de la Défense décrit aujourd’hui lui-même l’opération comme une opération sous fausse attribution. [1]
Ce précédent ne dit strictement rien sur le 7 octobre 2023. Il interdit simplement deux raccourcis symétriques : « puisqu’un faux drapeau a existé, chaque attentat peut en être un » et « un État démocratique ne ferait jamais ce genre de chose ». L’histoire a l’inconvénient de rendre les absolus assez fragiles.
Années 1970-1980 : quand l’islamisme semblait plus pratique que l’OLP
Le cas vraiment central arrive vingt ans plus tard dans Gaza occupée. Ahmed Yassin, figure des Frères musulmans palestiniens, développe le Mujama al-Islamiya, réseau de mosquées, écoles, cliniques, associations et œuvres sociales. En 1979, l’administration israélienne lui accorde une reconnaissance officielle, ce qui augmente considérablement sa capacité d’organisation et de financement. [2]
Pourquoi laisser prospérer un courant islamiste dont l’idéologie n’avait rien d’un programme de coopération durable avec Israël ? Parce que, dans l’immédiat, il concurrençait surtout l’OLP et les nationalistes palestiniens laïques. D’anciens responsables israéliens ayant servi à Gaza ont ensuite reconnu avoir considéré cette montée en puissance comme un contrepoids utile et, rétrospectivement, comme une erreur majeure. [2]
En 1987, au début de la première Intifada, le Hamas naît à partir de ce milieu des Frères musulmans et de l’infrastructure constituée autour de Yassin. Dire « Israël a créé le Hamas » donne l’impression d’un projet où quelqu’un aurait dessiné l’organisation dans un bureau du Mossad. Ce n’est pas ce que montrent les sources. En revanche, dire que les autorités israéliennes ont délibérément laissé davantage d’espace à un courant islamiste afin d’affaiblir leurs adversaires nationalistes, et que ce courant a ensuite fourni l’ossature du Hamas, est beaucoup plus difficile à contester. [2]
C’est déjà toute l’ironie de l’ennemi utile : on choisit rarement son futur ennemi. On choisit surtout celui qu’on croit pouvoir utiliser aujourd’hui.
1982 : Sabra et Chatila, ou la différence entre tuer et laisser le tueur entrer
Entre les deux se trouve un autre précédent, là encore imparfait mais instructif. En septembre 1982, pendant la guerre du Liban, des miliciens phalangistes libanais entrent dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila et massacrent des civils. L’armée israélienne contrôle le secteur et a autorisé l’entrée de la milice alliée.
La commission Kahan, commission officielle israélienne, n’a pas conclu que des soldats israéliens avaient commis le massacre. Elle a en revanche établi une responsabilité indirecte d’Israël et une responsabilité personnelle d’Ariel Sharon, alors ministre de la Défense, pour avoir ignoré le risque de bain de sang et ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour le prévenir. La Knesset rappelle elle-même ces conclusions. [3]
Voilà une distinction qui devrait nous être utile quarante ans plus tard : responsabilité directe, responsabilité indirecte, faute d’anticipation et intention criminelle sont quatre choses différentes. On peut établir très sévèrement les trois premières sans inventer la quatrième.
Années 2000-2010 : l’ennemi de mon ennemi, version service secret
La logique ne se limite pas au dossier palestinien. En 2012, Foreign Policy publie une enquête fondée sur des mémos et des responsables du renseignement américain selon laquelle des agents du Mossad se seraient fait passer pour des agents de la CIA afin de recruter des membres de Jundallah, groupe sunnite pakistano-iranien responsable d’attentats meurtriers en Iran. Israël n’a jamais reconnu cette opération. [4]
La même année, NBC rapporte, sur la base de responsables américains anonymes, que le Mossad aurait financé, armé et entraîné des membres des Moudjahidines du peuple iranien, le MEK, pour assassiner des scientifiques nucléaires iraniens. À ce moment-là, le MEK figurait encore sur la liste américaine des organisations terroristes ; il en sera retiré quelques mois plus tard. Le mouvement a nié et Israël n’a pas confirmé. [5]
Il faut garder le conditionnel : nous sommes ici dans le renseignement clandestin, avec des sources anonymes et sans reconnaissance officielle comparable à l’affaire Lavon. Mais ces affaires montrent au minimum que l’idée d’utiliser un groupe violent parce qu’il frappe un adversaire prioritaire n’appartient pas au seul domaine de la fiction politique.
De 2013 à 2018, Foreign Policy a par ailleurs documenté un programme israélien d’armes et de financement à au moins douze groupes rebelles du sud de la Syrie pour tenir éloignés du Golan les forces liées à l’Iran et les djihadistes de l’État islamique. Il serait faux d’en faire « la preuve qu’Israël finançait Daech » : l’enquête dit précisément que les groupes soutenus servaient aussi à empêcher Daech de s’installer à la frontière. [6] La réalité est moins spectaculaire qu’un slogan et, comme souvent, plus utile pour comprendre la stratégie.
2018-2023 : acheter le calme n’est pas acheter la paix
Avec Gaza, cette logique devient une politique de gouvernement presque assumée : ne pas renverser le Hamas, le contenir. Maintenir une situation assez stable pour éviter une guerre permanente. Et conserver, de fait, deux pouvoirs palestiniens rivaux, le Hamas à Gaza et l’Autorité palestinienne en Cisjordanie.
À partir de 2018, des dizaines de millions de dollars qataris entrent dans Gaza avec l’accord d’Israël. En novembre 2018, Reuters documente un versement de 15 millions de dollars destiné notamment aux salaires de fonctionnaires gazaouis, première tranche d’un programme de 90 millions sur six mois. Les responsables israéliens insistent alors sur le fait que l’argent ne doit pas financer les activités militaires du Hamas. [7]
La nuance est importante. Il n’existe pas de preuve publique montrant Netanyahu signant un chèque destiné aux roquettes, aux tunnels ou à l’attaque du 7 octobre. Un budget est cependant fongible : une administration qui reçoit de l’argent extérieur peut consacrer ailleurs des ressources qu’elle aurait dû dépenser pour payer ses fonctionnaires. Et surtout, le choix politique est clair : Israël accepte que le gouvernement du Hamas reste solvable parce qu’il pense que cette solvabilité contribue au calme. [8]
Ce calcul s’accompagne d’une idée politique plus large. En 2015, Bezalel Smotrich explique dans une interview que, sur le terrain de la délégitimation internationale, l’Autorité palestinienne est un fardeau et le Hamas un « atout ». [9] Des comptes rendus ont également attribué à Netanyahu, en 2019, l’idée que maintenir la séparation entre Gaza et l’Autorité palestinienne servait ceux qui voulaient empêcher la création d’un État palestinien ; Netanyahu conteste avoir tenu cette phrase. [8]
Il n’est donc pas nécessaire de prétendre que Netanyahu « finançait le terrorisme » pour critiquer cette stratégie. La formulation plus exacte est déjà assez lourde : ses gouvernements ont accepté de contribuer à la stabilité d’un pouvoir du Hamas parce qu’un Hamas gouvernant, séparé de l’Autorité palestinienne et supposément dissuadé, semblait plus gérable qu’un autre scénario.
On appelait cela acheter le calme. Le problème est qu’on ne peut pas vérifier la durée de validité sur le ticket de caisse.
Le 7 octobre : beaucoup d’alertes, aucune preuve publique d’un ordre de laisser faire
Puis vient le 7 octobre 2023. Et ici, la prudence lexicale devient indispensable, parce que les informations disponibles permettent d’aller très loin dans la critique sans franchir la ligne de ce qu’elles ne prouvent pas.
Israël possédait depuis plus d’un an un document d’environ quarante pages, surnommé « Mur de Jéricho », décrivant un scénario extraordinairement proche de l’attaque finalement menée : barrage de roquettes, neutralisation des dispositifs de surveillance par drones, franchissements multiples de la frontière et assauts contre des bases et localités. Le document ne donnait pas la date de l’attaque. Des responsables militaires l’ont jugé trop ambitieux pour les capacités réelles du Hamas. Une analyste de l’unité 8200 a ensuite signalé que des exercices du Hamas ressemblaient au plan ; ses inquiétudes n’ont pas entraîné le changement d’appréciation nécessaire. [10]
Ce n’était pas non plus un entraînement parfaitement invisible. Associated Press a reconstitué plusieurs exercices du Hamas, dont un exercice filmé et publié moins d’un mois avant l’attaque, mettant en scène une brèche de frontière et l’assaut d’une localité factice. [11]
Les enquêtes internes publiées en 2025 ont ensuite cessé de laisser beaucoup de place au mythe de la surprise absolument imprévisible. L’armée israélienne a reconnu avoir sous-estimé les capacités et les intentions du Hamas et avoir échoué dans sa mission de protection des civils. Le Shin Bet a reconnu avoir mal interprété les signes disponibles et conclu que l’attaque aurait pu être empêchée s’il avait agi différemment. [12][13]
En septembre 2026, une nouvelle pièce s’est ajoutée au dossier. Haaretz a rapporté que le président des Émirats arabes unis, Mohammed ben Zayed, aurait personnellement averti Netanyahu environ dix jours avant l’attaque qu’une opération majeure du Hamas se préparait. Une source émiratie familière de la conversation a confirmé au Times of Israel qu’un tel avertissement avait été donné. Le ministère émirati des Affaires étrangères n’a officiellement ni confirmé ni démenti l’appel. Netanyahu nie catégoriquement qu’il ait eu lieu et a annoncé vouloir poursuivre Haaretz. [14][15]
Cela change le niveau de sérieux de la question « Netanyahu a-t-il été averti ? ». Cela ne répond toujours pas à la question « Netanyahu connaissait-il la date et le plan exacts ? », et encore moins à « a-t-il volontairement laissé l’attaque se produire ? ». Au 16 septembre 2026, aucune preuve publique ne permet d’affirmer cette dernière proposition.
La question institutionnelle reste elle-même ouverte. La Knesset a approuvé en première lecture, le 7 juillet 2026, un projet de loi créant une « commission d’enquête étatique-nationale » sur le 7 octobre, avec un mécanisme spécifique de nomination parlementaire ; le texte doit encore poursuivre son parcours législatif. Il ne s’agit donc pas, à ce stade, d’une commission déjà constituée ayant rendu des conclusions sur les responsabilités politiques. [17]
On peut trouver cette conclusion frustrante. Elle est pourtant plus sévère qu’elle en a l’air. Une démocratie n’a pas besoin que son Premier ministre ait souhaité un massacre pour devoir demander pourquoi tant d’éléments compatibles avec une attaque majeure ont été successivement rangés dans la catégorie des choses qui ne pouvaient pas vraiment arriver.
Le complot est parfois une explication trop confortable
Il existe une tentation étrange après les catastrophes : si l’échec paraît trop énorme pour être accidentel, on cherche une intention capable de lui donner une taille équivalente. Une faute immense devrait avoir une cause immense. Un massacre impossible à imaginer devrait avoir été secrètement voulu. C’est précisément le mécanisme étudié dans « Du soupçon à l’ennemi » : le passage d’une chaîne de responsabilités, d’erreurs ou d’intérêts à l’idée qu’un acteur caché aurait voulu l’ensemble du résultat.
L’histoire des politiques israéliennes à l’égard du Hamas offre malheureusement une hypothèse beaucoup plus banale. Des responsables ont cru pouvoir compartimenter les menaces. Un islamisme utile contre l’OLP. Un Hamas gouvernant utile contre l’unification politique palestinienne. De l’argent et des permis de travail utiles pour acheter le calme. Une barrière technologique utile pour rendre une invasion improbable. Un renseignement technologiquement supérieur utile pour garantir que, si quelque chose de grave se préparait, on le verrait venir.
Aucune de ces idées n’exige que les dirigeants souhaitent la mort de leurs propres citoyens. Elles exigent seulement qu’ils aient suffisamment confiance dans leur capacité à contrôler le jeu.
C’est aussi pour cette raison que la thèse du « ils ont forcément laissé faire » peut paradoxalement réduire la critique. Elle transforme une politique documentée, répétée, discutée par ses propres acteurs et finalement catastrophique en histoire secrète dont tout dépendrait d’une preuve cachée. Or nous avons déjà beaucoup de choses visibles à examiner.
Le problème des ennemis utiles
Ce que cette chronologie permet de dire est donc assez précis. Israël a déjà mené une opération clandestine destinée à faire attribuer des attentats à d’autres groupes. Il a soutenu une milice dont les membres ont ensuite massacré des civils dans une zone sous contrôle israélien, ce qui a conduit sa propre commission d’enquête à reconnaître une responsabilité indirecte. Il a favorisé l’essor d’un réseau islamiste à Gaza parce qu’il concurrençait l’OLP. Des services israéliens ont été accusés de travailler avec des groupes eux-mêmes classés terroristes contre l’Iran. Et, pendant des années, des gouvernements israéliens ont préféré stabiliser et contenir le Hamas plutôt que chercher à le renverser. [1][2][3][4][5][7][8]
Ce que cette chronologie ne permet pas de dire est tout aussi précis : elle ne prouve pas qu’Israël ait créé le Hamas de toutes pièces, que l’argent qatari ait été directement affecté au 7 octobre, que Netanyahu connaissait le jour et l’heure de l’attaque, ni qu’un ordre politique ait été donné de laisser les assaillants entrer.
Entre l’innocence stratégique totale et le complot, il existe un espace assez vaste pour loger la myopie, le cynisme, la certitude de maîtriser l’adversaire et les politiques qui survivent longtemps après que leurs hypothèses ont cessé d’être vraies.
Le problème des ennemis utiles est finalement très simple : ils ne signent jamais le contrat. Et ils choisissent eux-mêmes le moment où ils cessent d’être utiles.
Ce que cet article ne permet pas de conclure
- La série d’épisodes présentés ici ne constitue pas une chaîne causale unique : une opération clandestine de 1954, une politique de containment à Gaza et un échec de renseignement en 2023 ne sont pas des événements identiques.
- Les allégations concernant Jundallah et le MEK reposent sur des enquêtes de presse et des sources du renseignement américain anonymes ; Israël ne les a pas reconnues.
- L’allégation d’un avertissement personnel de Mohammed ben Zayed à Benjamin Netanyahu repose sur l’enquête de Haaretz et sur une source émiratie citée par le Times of Israel. Le gouvernement des Émirats arabes unis ne l’a pas officiellement confirmée et Netanyahu la nie.
- Aucune source publique citée ici n’établit qu’un ordre politique ait été donné de laisser l’attaque du 7 octobre se produire.
- La responsabilité directe des crimes du 7 octobre incombe aux auteurs de l’attaque. Discuter des choix et défaillances des autorités israéliennes ne transfère pas cette responsabilité.
- Au 16 septembre 2026, le projet de commission d’enquête « étatique-nationale » a franchi une première lecture à la Knesset mais n’a pas encore produit de commission constituée ni de conclusions finales sur les responsabilités politiques.
Repères factuels
- The 'Unfortunate' or the Lavon affair
- How Israel Helped to Spawn Hamas / The Origins of Hamas
- Former PM Ariel Sharon dies at 85
- False Flag
- NBC report: Israel trained, financed Iran assassins
- Inside Israel's Secret Program to Back Syrian Rebels
- Qatar pays Gaza salaries to ease tensions; Israel says money's not for Hamas
- 'Buying Quiet': Inside the Israeli Plan That Propped Up Hamas
- Smotrich : « l’Autorité palestinienne est un fardeau et le Hamas est un atout »
- Israel Knew Hamas's Attack Plan More Than a Year Ago
- Hamas practiced in plain sight, posting video of mock attack weeks before border breach
- Israeli military inquiry says it 'failed to protect' civilians on October 7
- Israel's top security agency admits failures in October 7 Hamas attack
- UAE warned Netanyahu of major Hamas operation days before Oct. 7 attack, news report says
- Days before Oct. 7, UAE leader warned Netanyahu Hamas was planning war, but PM did nothing with the info — report
- State Comptroller on the Absence of a National Security Concept: 'A Multi-Year Failure'
- Approved in first reading: State-National Commission of Inquiry for the Events of the October 7 Massacre Bill
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