Dictionnaire

Dictionnaire médiatique de l’extrême droite

Les mots n’ont pas besoin d’être inventés pour changer de fonction. Ce dictionnaire observe certains termes et cadrages associés à l’extrême droite, mais aussi les formules rhétoriques qui donnent à une interprétation l’air d’une évidence, d’une urgence ou d’un diagnostic national. La section « Ils l’ont dit… » archive des citations politiques dont le sens reste substantiellement le même après vérification du contexte immédiat.

Une occurrence ne suffit pas à classer un locuteur ou un média. Les notices distinguent autant que possible le sens courant du cadrage politique observé et des procédés généraux d’analyse du discours. Pour « Ils l’ont dit… », la règle est plus stricte : verbatim vérifiable, contexte immédiatement avant/après, source et date ; une justification donnée a posteriori peut être signalée mais ne sert jamais à réécrire la scène. Les citations dont le contexte change réellement le sens sont écartées.

Un dictionnaire ouvert posé sur une table, avec une bibliothèque en arrière-plan.
Dictionnaire ouvert — Noah1806, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons. — source

Mots & procédés

34 notices

Élément de langage

Assiégé / assiégée

Métaphore guerrière qui présente un pays, une ville, une institution ou une population comme encerclé et menacé par quelque chose ou quelqu’un. Dire qu’un acteur est « assiégé », ce n’est pas seulement dire qu’il subit une pression : c’est raconter une attaque.[29]

En rhétorique : on retrouve une métaphore guerrière et une forte mobilisation du pathos. Le mot présuppose l’existence d’un agresseur et d’un agressé, et rend plus intuitive l’idée qu’il faudrait « se défendre ».

CNews a par exemple présenté, dans un édito de Gauthier Le Bret, le gouvernement comme une « citadelle assiégée ».[29]

Élément de langage

Basculement démographique

« Basculement démographique » peut désigner, sans connotation idéologique particulière, une modification importante de la structure d’une population : vieillissement, natalité, migrations, urbanisation ou évolution de la répartition entre classes d’âge. L’expression ne constitue donc pas, à elle seule, un marqueur d’extrême droite.

Dans certains discours d’extrême droite, elle sert toutefois de formulation atténuée ou présentée comme plus descriptive d’un récit proche du « grand remplacement ». Le changement démographique n’est plus seulement une évolution statistique : il devient le passage d’une population définie comme historique, culturelle ou ethnique à une autre, sous l’effet de l’immigration et de différences de fécondité. Causeur a ainsi présenté explicitement « Grand Basculement » comme une alternative lexicale à « Grand Remplacement ».[18][19]

La distinction avec le « grand remplacement » tient surtout au degré d’intentionnalité. Les versions conspirationnistes du remplacement supposent ou suggèrent qu’une élite, un pouvoir ou un projet organisé favoriserait la substitution. Le « basculement » peut se dispenser de cette intention et rester dans le registre du constat alarmiste. Il conserve cependant souvent la même structure narrative : une population d’origine serait progressivement minorée, et le changement serait présenté comme une perte de continuité nationale ou civilisationnelle.[20][21][22]

Le contexte reste déterminant. Parler d’un basculement de la pyramide des âges ou de la natalité n’a évidemment pas le même sens que décrire l’immigration comme une substitution de peuple. Ce sont les groupes opposés, les causes avancées et la valeur politique donnée au changement qui permettent d’identifier le récit.[21][22]

Élément de langage

« Cible dans le dos »

L’expression peut décrire une mise en danger réelle : divulgation d’informations personnelles, désignation d’une personne à un public violent, menaces explicites ou contexte où le risque physique est documenté. Dans certains usages politiques et médiatiques, elle reçoit cependant une fonction plus large : une critique, une qualification politique, un slogan ou une décision sont reformulés comme une exposition à la violence.[5][6][7]

Le critique n’est alors plus seulement invité à répondre de ce qu’il a dit. Il devient potentiellement responsable de ce qu’un tiers pourrait faire ensuite. La discussion se déplace : au lieu d’examiner d’abord si la critique est exacte, mensongère, légitime ou disproportionnée, il faut désormais répondre de ses conséquences hypothétiques. La formule peut ainsi transformer la personne critiquée en victime potentielle et inverser une partie de la charge de la preuve.[8]

L’analyse détaillée de L’advarP étudie séparément la circulation de cette expression, notamment à partir du corpus INA, et distingue les emplois où une menace est documentée de ceux où la métaphore sert surtout à déplacer le débat.[8]

Élément de langage

Civilisationnel

Adjectif qui fait passer un sujet du niveau politique ou social au niveau de la « civilisation ». Une réforme, une pratique culturelle ou un fait de société ne devient plus seulement un problème : il devient une menace pour notre manière de vivre, notre identité, voire notre avenir collectif.[20][28]

En rhétorique : il produit une montée en généralité. Un problème limité est élevé au rang de conflit portant sur la civilisation entière. Ce changement d’échelle augmente mécaniquement les enjeux et mobilise le pathos, notamment la peur et le sentiment de menace.

Le procédé peut aussi fabriquer un faux dilemme implicite : défendre telle position reviendrait à défendre ou abandonner une civilisation entière. CNews a notamment titré un édito de Mathieu Bock-Côté sur un possible « effacement civilisationnel » de l’Europe.[28]

Élément de langage

Conquête / logique de conquête

Vocabulaire guerrier utilisé pour décrire l’installation, la progression ou la visibilité d’un groupe comme s’il gagnait du terrain sur un autre. On ne parle plus seulement de population, de religion ou de culture : on parle implicitement d’un camp qui avance et d’un autre qui recule.

En rhétorique : c’est une métaphore conceptuelle guerrière. Elle impose un cadre où il existe nécessairement des attaquants, des défenseurs, un territoire et un rapport de force. Elle peut donc transformer un phénomène démographique, culturel ou religieux en conflit sans avoir besoin de démontrer qu’un tel conflit existe réellement.

Assertion péremptoire

« C’est évident » / « C’est un fait »

Façon d’annoncer qu’une affirmation ne devrait plus vraiment avoir besoin d’être discutée.

En rhétorique : c’est un procédé de naturalisation du propos. Une conclusion est présentée comme allant de soi, ce qui peut permettre de faire l’économie de sa démonstration.

Élément de langage

Déclin

Idée selon laquelle le pays, la société ou une institution serait engagé dans une dégradation durable par rapport à un passé supposé meilleur. Le mot permet de relier des problèmes très différents dans un même récit : avant ça allait mieux, maintenant tout se dégrade.

En rhétorique : le déclinisme repose souvent sur une comparaison implicite avec un âge d’or. Le passé de référence est rarement défini précisément et ses aspects négatifs peuvent disparaître du récit. C’est aussi une mise en récit téléologique : des événements différents deviennent les étapes d’une même trajectoire descendante.

Historicisation / civilisationnalisation

« Enjeu civilisationnel » / « Question civilisationnelle » / « Combat civilisationnel »

Formules qui transforment un désaccord politique ou social en conflit portant sur la civilisation elle-même.

En rhétorique : c’est un cadrage civilisationnel. Le changement d’échelle augmente fortement la charge émotionnelle et peut produire un faux dilemme : être pour ou contre une mesure devient être pour ou contre la survie d’un mode de vie.

Élément de langage

Ensauvagement

Mot utilisé pour présenter des violences ou des incivilités comme les signes d’une société qui deviendrait globalement plus brutale. Un fait divers devient ainsi facilement le symptôme d’un pays entier qui « s’ensauvage ».[23]

En rhétorique : le terme repose souvent sur une généralisation et un cadrage décliniste. Des faits particuliers sont intégrés dans un récit global de dégradation. Il fonctionne aussi comme une métaphore de régression, puisqu’il oppose implicitement une société « civilisée » à une société qui le serait de moins en moins.

Le problème n’est pas le mot en lui-même, mais le saut logique entre des événements précis et un diagnostic sur l’ensemble de la société. CNews a par exemple consacré un édito de Pascal Praud à l’« ensauvagement général de la société » à partir d’une attaque au couteau.[23]

Indignation rhétorique

« Est-ce normal ? »

Question qui invite surtout le public à partager une indignation ou un jugement de norme.

En rhétorique : c’est une question rhétorique doublée d’un appel à la norme. Elle peut mélanger la description des faits et le jugement porté sur eux.

Élément de langage

Explosion de…

Formule d’amplification qui suggère une augmentation brutale et spectaculaire. Parfois les chiffres explosent vraiment. Parfois ils montent. Le dictionnaire est justement là pour rappeler que ce n’est pas exactement la même chose.

En rhétorique : c’est une hyperbole quantitative. Elle remplace une mesure précise de l’évolution par une image spectaculaire. +5 %, +20 % et +300 % peuvent tous être décrits comme une « explosion » si aucun ordre de grandeur n’est donné.

Terme politique

Féminisme / féministes

Dans certains discours d’extrême droite, « féministe » peut fonctionner comme un repoussoir. Le mot ne désigne plus seulement un ensemble de mouvements en faveur de l’égalité entre les sexes : il devient une étiquette associée au « wokisme », à l’intersectionnalité, à l’excès militant ou à une rupture supposée avec les réalités biologiques et sociales.[9][11]

Un deuxième mouvement consiste au contraire à se réapproprier une partie du vocabulaire féministe. La défense des femmes est alors mobilisée pour opposer un « nous » supposément protecteur de l’égalité à des populations immigrées ou musulmanes présentées comme porteuses d’un sexisme culturel. Les sciences sociales décrivent notamment ce phénomène sous le terme de « fémonationalisme » : des thèmes féministes sont sélectionnés et articulés à des discours nationalistes, anti-immigration ou anti-islam.[11]

Un troisième usage est trans-exclusionnaire et peut prendre une dimension explicitement transphobe. La protection des femmes, de leurs droits, du sport ou des espaces non mixtes est invoquée pour refuser de reconnaître les femmes trans comme des femmes, ou pour les présenter comme une menace potentielle pour les femmes cisgenres. L’exclusion est alors reformulée comme une mesure de sécurité ou comme la défense du sujet même du féminisme.[9][10][12][13]

La transphobie ne se présente donc pas nécessairement comme une hostilité revendiquée : elle peut être formulée comme une protection des femmes contre une « idéologie transgenre », un effacement des catégories sexuelles ou une extension jugée illégitime des droits liés au genre. Ces usages ne sont pas identiques et ne se retrouvent pas chez tous les acteurs, mais ils peuvent converger : rejet du féminisme intersectionnel, appropriation sélective des droits des femmes, racialisation du sexisme et opposition aux droits des personnes trans.[9][11][12][13]

Élément de langage

Hors de contrôle

Expression qui présente une situation comme ayant dépassé le stade du problème pour devenir quelque chose que plus personne ne maîtrise. Très utile pour dramatiser : une difficulté devient une perte générale de contrôle.[24]

En rhétorique : c’est une hyperbole et une modalisation forte. Elle efface facilement les degrés intermédiaires : une situation peut être difficile, mal gérée ou en aggravation sans être littéralement incontrôlable.

Pascal Praud a par exemple consacré en janvier 2026 un édito à « l’immigration hors de contrôle ».[24]

Élément de langage

Hors-sol

Façon de désigner quelqu’un — souvent un responsable politique, une institution ou « les élites » — comme complètement déconnecté de la vie réelle. Pratique : ça permet parfois de répondre à une idée sans avoir à discuter de l’idée.

En rhétorique : c’est souvent une forme d’ad hominem circonstanciel. Au lieu de réfuter une proposition, on disqualifie celui ou celle qui la formule en raison de sa position sociale ou supposée. Le terme peut aussi fonctionner comme une présupposition : la personne est tenue pour déconnectée du « réel » avant même que cela soit démontré.

Assertion péremptoire

« Il faut appeler un chat un chat »

Formule qui annonce qu’on va enfin employer les « vrais mots », généralement plus durs ou plus tranchés.

En rhétorique : elle construit un ethos de franchise. Le locuteur se présente comme celui qui ose nommer ce que d’autres masqueraient, ce qui valorise sa formulation avant même qu’on en discute la pertinence.

Assertion péremptoire

« Il faut être clair » / « Soyons clairs »

Formule qui présente ce qui suit comme la version nette et débarrassée des faux-semblants d’un débat.

En rhétorique : c’est un cadrage assertif. La position qui suit est présentée comme la formulation claire d’une réalité, et non comme une interprétation discutable.

Assertion péremptoire

« Il n’y a pas de débat »

Formule qui annonce qu’une question est déjà tranchée, même quand des désaccords existent encore.

En rhétorique : c’est une fermeture du débat. Une conclusion défendue par le locuteur devient le point de départ obligatoire de la discussion.

Élément de langage

Invasion

Terme militaire employé pour présenter l’arrivée ou la présence d’une population comme l’entrée d’une force ennemie sur un territoire. Quand il est utilisé hors d’un contexte de guerre réel, le choix du mot fait déjà une bonne partie du raisonnement.

En rhétorique : il s’agit d’une métaphore militaire particulièrement forte. Elle introduit par présupposition l’existence d’un ennemi, d’un territoire agressé et d’une intention hostile. Une fois le phénomène cadré comme une invasion, les réponses défensives deviennent beaucoup plus intuitives.

Terme politique

Islamophobie

Le terme « islamophobie » est employé pour désigner des attitudes hostiles, des préjugés, des actes de haine ou des discriminations visant des personnes musulmanes, ou perçues comme telles. Son emploi fait l’objet de débats, notamment parce qu’il peut aussi être compris comme désignant une hostilité envers l’islam en tant que religion. Cette ambiguïté impose de distinguer la critique d’une croyance, qui relève de la liberté d’expression, de la stigmatisation ou de la discrimination visant des personnes.[1][2][4]

Dans une partie des discours d’extrême droite et de leur environnement médiatique, « islamophobie » est moins traité comme le nom d’un phénomène à décrire que comme une accusation destinée à empêcher la critique de l’islam. Le mot devient alors la preuve d’une tentative de censure : dénoncer une discrimination ou une stigmatisation est reformulé comme une volonté d’interdire de parler de religion, d’islamisme, de voile ou de laïcité.[1][2][3]

Ce déplacement change la question posée. Au lieu de demander si des personnes musulmanes, ou supposées musulmanes, font l’objet d’un traitement hostile ou discriminatoire, le débat porte sur le droit du critique à s’exprimer. Le mécanisme est renforcé lorsque des catégories différentes — musulman, arabe, immigré, étranger, islamiste — sont rapprochées jusqu’à devenir partiellement interchangeables. La critique légitime d’une religion ne doit pas être confondue avec le racisme antimusulman ; l’accusation d’« islamophobie » ne doit pas davantage être automatiquement réduite à une stratégie de censure.[4]

Assertion péremptoire

« Je vais vous dire » / « Je vais vous dire une chose »

Formule qui annonce qu’une affirmation importante, évidente ou particulièrement franche va suivre.

En rhétorique : c’est une construction d’ethos d’autorité. Le locuteur se met en scène comme celui qui sait, qui ose dire ou qui va remettre les choses au clair. Elle donne du poids à ce qui suit avant même qu’un argument soit apporté.

Généralisation / nationalisation

« La France est-elle devenue… ? » / « Voilà ce qu’est devenue la France »

Formule qui fait passer d’un événement ou d’un problème précis à un diagnostic sur l’ensemble du pays.

En rhétorique : c’est une généralisation potentiellement abusive, parfois proche de l’induction hâtive. La forme interrogative permet en plus d’introduire une thèse forte sans avoir à l’affirmer directement.

Assertion péremptoire

« La réalité, c’est que… » / « La vérité, c’est que… »

Formules qui présentent l’interprétation qui suit non comme une opinion, mais comme la réalité elle-même.

En rhétorique : il s’agit d’une assertion péremptoire et d’une forme de présupposition. Contester la proposition revient implicitement à contester « la réalité » ou « la vérité », plutôt qu’une interprétation parmi d’autres.

Généralisation / nationalisation

« Les Français en ont assez » / « Les Français ne veulent plus… »

Formule qui fait parler une population entière comme si elle avait une seule opinion.

En rhétorique : c’est une généralisation collective. Elle transforme une population diverse en sujet unique et peut masquer les désaccords ou l’absence de données permettant d’établir ce consensus.

Terme politique

Liberté d’expression

La liberté d’expression protège le droit d’avoir des opinions, de recevoir des informations et d’en communiquer. Elle protège particulièrement le débat politique et les questions d’intérêt général. Elle n’est toutefois pas un droit absolu : l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme prévoit des restrictions fixées par la loi et nécessaires, notamment pour protéger les droits d’autrui, la sécurité ou l’ordre public.[14]

Dans certains discours d’extrême droite et dans des espaces médiatiques qui leur sont proches, la notion est parfois élargie au-delà de la protection contre l’interdiction publique de parler. Une régulation, une décision d’autorité indépendante, une modération, une déprogrammation, une critique publique ou la perte d’une tribune peuvent être décrites comme des formes de censure.[15][16][17]

Le glissement consiste alors à rapprocher deux choses distinctes : le droit de tenir un propos et le droit de le tenir sans contradiction, sans conséquence éditoriale, sociale ou professionnelle, et parfois sans contrôle réglementaire. Cela peut produire une asymétrie : la parole initiale est présentée comme l’exercice d’une liberté fondamentale, tandis que la réponse, la critique ou la régulation deviennent une atteinte à cette liberté. Cela ne signifie pas que les inquiétudes relatives au pluralisme ou à la censure soient toujours infondées ; le dictionnaire décrit ici l’extension du sens donné au terme.[14][15][16]

Indignation rhétorique

« Mais où va-t-on ? » / « Jusqu’où va-t-on aller ? »

Question qui inscrit un événement présent dans une trajectoire inquiétante appelée à continuer.

En rhétorique : c’est une forme de pente glissante implicite. Le fait présent est traité comme le début ou une étape d’une aggravation future, sans que cette chaîne soit forcément démontrée.

Indignation rhétorique

« On est dans quel pays ? » / « Dans quel monde vit-on ? »

Question qui ne cherche généralement pas une réponse, mais exprime qu’une situation serait devenue incompatible avec les normes supposées du pays ou de la société.

En rhétorique : c’est une question rhétorique à forte dimension de pathos. Elle transforme un jugement en évidence partagée et peut généraliser un événement particulier à l’état du pays entier.

Dramatisation / amplification

« On n’a jamais vu ça » / « C’est du jamais-vu »

Formule qui présente un événement comme totalement inédit et exceptionnel.

En rhétorique : c’est un superlatif historique. Il donne au présent une singularité maximale, souvent sans comparaison systématique avec les périodes précédentes.

Assertion péremptoire

« On voit bien que… » / « Il suffit de regarder… »

Façon de présenter une interprétation comme si elle était directement visible, sans étape de raisonnement.

En rhétorique : c’est un appel à l’évidence perceptive. Le raisonnement intermédiaire disparaît derrière l’idée qu’il suffirait de « voir » pour arriver à la même conclusion.

Assertion péremptoire

« Personne ne peut nier que… » / « On ne peut plus le nier »

Formule qui présente la contradiction comme devenue impossible ou irrationnelle.

En rhétorique : c’est un procédé de clôture argumentative. Au lieu de démontrer la proposition, on disqualifie à l’avance sa contestation. Cela peut aussi déplacer la charge de la preuve vers le contradicteur.

Généralisation / nationalisation

« Que devient notre pays ? »

Question qui suppose qu’une transformation négative du pays est déjà en cours.

En rhétorique : elle combine question rhétorique, généralisation et cadrage décliniste. Le diagnostic de dégradation est présupposé dans la question elle-même.

Élément de langage

Submersion

Mot qui transforme un phénomène — notamment migratoire — en image de vague qui déborde et recouvre ce qui était là avant. La métaphore suggère à la fois le nombre, la perte de contrôle et la menace, sans avoir besoin de les démontrer séparément.[25][26][27]

En rhétorique : c’est une métaphore naturalisante. Des personnes sont représentées comme une masse liquide ou une catastrophe naturelle. Le mot contient déjà une conclusion : s’il y a « submersion », il y a nécessairement débordement.

En 2025, CNews a consacré plusieurs éditos au terme, dont « les chiffres prouvent la submersion » et « Submersion : les Français valident, le PS s’offusque ».[25][27]

Historicisation / civilisationnalisation

« Tournant historique » / « Changement de civilisation »

Formules qui présentent le présent comme une rupture majeure avec tout ce qui précède.

En rhétorique : c’est une historicisation emphatique. Elle donne à un événement ponctuel la valeur d’un basculement historique avant qu’un recul suffisant permette de l’établir.

Assertion péremptoire

« Tout le monde le sait » / « On sait très bien que… »

Façon de présenter une affirmation comme faisant déjà l’objet d’un consensus.

En rhétorique : c’est un appel à un consensus supposé, proche de l’argumentum ad populum lorsqu’on invoque cet accord comme preuve. Cela crée aussi une pression de conformité : celui qui conteste devient celui qui refuserait une évidence partagée.

Historicisation / civilisationnalisation

« À l’échelle de l’histoire »

Formule qui replace un événement actuel dans une temporalité très longue, ce qui lui donne immédiatement plus de poids.

En rhétorique : c’est une montée en généralité et une historicisation. Le procédé peut donner à un événement contemporain une portée historique disproportionnée par rapport aux éléments disponibles.

Ils l’ont dit…

27 notices

Citation · 2015

Emmanuel Macron — « Dans la politique française, cet absent est la figure du roi »

Dans Le 1, en juillet 2015, Emmanuel Macron explique que la démocratie comporte « une forme d’incomplétude » et ajoute : « Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. » Il relie ensuite ce « vide » aux figures napoléonienne, gaullienne et présidentielle.[30]

Pourquoi ça pose problème : le contexte ne transforme pas la phrase en simple boutade monarchiste. Le raisonnement attribue à la démocratie un manque symbolique que la figure présidentielle serait appelée à combler ; la discussion porte donc bien sur une conception très incarnée et verticale du pouvoir.[30]

À ne pas citer sous la forme « ce qu’il manque à la France, c’est un roi » : c’est une paraphrase. La notice conserve le verbatim.

Citation · 2018

Emmanuel Macron — Pétain « grand soldat »

Le 7 novembre 2018, interrogé sur l’hommage aux maréchaux de la Grande Guerre, Emmanuel Macron juge cet hommage « légitime » et rappelle que Pétain « a été […] un grand soldat », tout en évoquant ses choix ultérieurs « funestes ».[31]

Pourquoi ça pose problème : le contexte montre précisément le choix de dissocier le chef militaire de 1914-1918 du chef du régime de Vichy pour défendre sa présence dans un hommage collectif. Une commémoration d’État ne se contente pas d’établir un bilan militaire : elle choisit ce qu’elle honore publiquement.[31]

La notice ne résume donc pas la séquence par « Macron réhabilite Pétain » : elle documente la distinction qu’il a lui-même formulée et la controverse qu’elle a produite.

Citation · 2024

Louis Sarkozy — « Qu’ils crèvent tous »

Dans la séquence du 26 septembre 2024 sur LCI, consacrée aux opérations israéliennes contre le Hezbollah, Louis Sarkozy déclare : « Qu’ils crèvent. Israël fait le travail de l’humanité ici. […] Qu’ils crèvent tous. » Le pronom « ils » n’est pas explicité dans la phrase elle-même.[32]

Pourquoi ça pose problème : le contexte ne permet pas de remplacer honnêtement le pronom par une catégorie plus précise que celle effectivement prononcée. La discussion aborde ensuite les pertes civiles ; la violence de la formule et l’expression « travail de l’humanité » restent donc à examiner telles quelles, sans réécriture a posteriori.[32]

À ne pas écrire : « qu’ils crèvent tous, les Palestiniens » ou, inversement, mettre entre guillemets une précision sur le Hamas ou le Hezbollah qui n’a pas été prononcée dans cette phrase.

Citation · 2018

Éric Zemmour — « C’est votre prénom qui est une insulte à la France »

En septembre 2018, Hapsatou Sy rappelle à Éric Zemmour qu’elle s’appelle Hapsatou lors d’un échange sur les prénoms. Il estime que sa mère aurait dû choisir un prénom comme « Corinne », puis lui répond : « C’est votre prénom qui est une insulte à la France. »[33]

Pourquoi ça pose problème : ici, le contexte ne tempère pas la phrase ; il l’explicite. L’appartenance nationale est reliée au choix d’un prénom jugé conforme à une histoire française définie par le locuteur, au point de présenter le prénom réel d’une Française comme une offense au pays.[33]

Citation · 2020

Éric Zemmour — « Ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs »

Le 29 septembre 2020 sur CNews, à propos des mineurs étrangers isolés, Éric Zemmour affirme : « Ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs. C’est tout ce qu’ils sont. Il faut les renvoyer. » Christine Kelly intervient alors : « Pas tous ! »[34]

Pourquoi ça pose problème : la construction ne vise pas des auteurs identifiés d’infractions mais attribue trois catégories criminelles à un groupe entier. Le « c’est tout ce qu’ils sont » ferme explicitement la possibilité d’individus qui n’entreraient pas dans cette description.[34]

Citation · 2021

Éric Zemmour — « Pétain a sauvé les juifs français »

Lors d’un débat avec Bernard-Henri Lévy sur CNews en octobre 2019, Éric Zemmour corrige son interlocuteur pour préciser « français » lorsque celui-ci rappelle sa thèse sur Pétain, puis maintient que cette affirmation correspond au « réel ».[35]

Pourquoi ça pose problème : ce n’est pas une formule accidentelle mais une thèse historique causale, déjà défendue auparavant. Les travaux d’historiens cités dans la procédure contestent précisément l’idée que la survie d’une plus grande proportion de juifs français puisse être attribuée à une politique de sauvetage menée par Pétain.[35]

Citation · 2023

Jordan Bardella — « Je ne crois pas que Jean-Marie Le Pen était antisémite »

Le 5 novembre 2023 sur BFMTV, Jordan Bardella déclare : « Je ne crois pas que Jean-Marie Le Pen était antisémite », tout en ajoutant qu’il n’aurait pas tenu les propos de celui-ci sur le « point de détail » de la Shoah.[36]

Pourquoi ça pose problème : le contexte confirme que Bardella connaît précisément l’un des propos qui fondent cette qualification, mais choisit alors de dissocier ces déclarations de l’antisémitisme de leur auteur. Son changement de formulation quelques jours plus tard appartient à la chronologie, pas au contexte originel de cette phrase.[36]

Citation · 2024

Bruno Retailleau — « L’État de droit, ça n’est pas intangible, ni sacré »

En septembre 2024, dans un entretien lié notamment aux règles encadrant l’éloignement d’étrangers sous OQTF, Bruno Retailleau déclare : « L’État de droit, ça n’est pas intangible, ni sacré. » Il enchaîne en évoquant hiérarchie des normes, contrôle juridictionnel, séparation des pouvoirs et souveraineté populaire.[37]

Pourquoi ça pose problème : la suite empêche de présenter la phrase comme un rejet pur et simple de l’État de droit. Elle révèle néanmoins le point de friction : dans un État constitutionnel, la hiérarchie des normes et le contrôle du pouvoir servent aussi à limiter ce qu’une majorité peut imposer. Les présenter comme modifiables au nom du peuple souverain soulève donc une question institutionnelle réelle.[37]

Citation · 2021

Gérald Darmanin — Marine Le Pen « quasiment un peu dans la mollesse »

Lors du débat France 2 du 11 février 2021, Gérald Darmanin reproche à Marine Le Pen sa stratégie de dédiabolisation et estime qu’elle en vient à être « quasiment un peu dans la mollesse », notamment sur l’islam et la législation sur les cultes.[38]

Pourquoi ça pose problème : la phrase installe le débat comme une compétition de fermeté où la dirigeante du RN peut être décrite comme insuffisamment dure. Plutôt que de contester le cadre proposé par l’extrême droite, elle déplace momentanément le centre de gravité encore plus loin dans le même sens.[38]

Citation · 2017

Marine Le Pen — « La France n’est pas responsable du Vél d’Hiv »

Au Grand Jury du 9 avril 2017, interrogée sur la rafle du Vél d’Hiv et la reconnaissance de la responsabilité de la France par Jacques Chirac, Marine Le Pen répond : « Je pense que la France n’est pas responsable du Vél d’Hiv. » Elle distingue ensuite la France de « ceux qui étaient au pouvoir à l’époque ».[39]

Pourquoi ça pose problème : le contexte confirme le fond de la thèse. La distinction symbolique entre « la France » et l’État français entre en tension avec le fait que la rafle a été organisée et exécutée avec l’appareil administratif et policier français ; c’est précisément ce que la reconnaissance de 1995 cherchait à nommer.[39]

Citation · 2005

Nicolas Sarkozy — « Vous en avez assez de cette bande de racailles ? »

À Argenteuil en octobre 2005, une habitante interpelle Nicolas Sarkozy depuis son immeuble dans un contexte de tensions et de jets de projectiles. Le ministre de l’Intérieur reprend le terme employé autour de l’échange : « Vous en avez assez de cette bande de racailles ? Bah, on va vous en débarrasser. »[40]

Pourquoi ça pose problème : le contexte compte — Sarkozy ne crée pas le mot à cet instant, il le reprend. Mais c’est justement le choix d’un ministre de l’Intérieur de valider cette désignation et de promettre que l’État va « débarrasser » les habitants du groupe ainsi nommé qui donne à la formule sa portée politique.[40]

Citation · 2009

Brice Hortefeux — « Quand il y en a un, ça va »

Lors d’un rassemblement UMP à Seignosse en 2009, auprès d’un jeune militant né de père algérien, Brice Hortefeux déclare : « Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes. »[41]

Pourquoi ça pose problème : la plaisanterie fonctionne précisément sur l’idée qu’une personne perçue comme appartenant à une origine minoritaire serait acceptable isolément, mais deviendrait un « problème » lorsqu’elle est nombreuse. Les explications ultérieures sur d’autres référents ne sont pas utilisées pour réécrire la scène filmée.[41]

Citation · 2022

Fabien Roussel — « ne pas être la gauche des allocations »

À la Fête de l’Humanité en septembre 2022, Fabien Roussel déclare que « la gauche doit défendre le travail et le salaire et ne pas être la gauche des allocations, des minima sociaux et des revenus de substitution ».[42]

Pourquoi ça pose problème : le contexte montre qu’il défend alors l’emploi et les salaires, pas la suppression des aides. Ce qui reste discutable dans la formule est l’opposition implicite entre travail et prestations : des personnes qui travaillent perçoivent aussi des prestations, et la protection sociale ne se confond pas avec l’inactivité.[42]

Citation · 2009

Manuel Valls — « quelques Blancs, quelques Whites, quelques Blancos »

En juin 2009, pendant une brocante à Évry filmée par Direct 8, Manuel Valls regarde la foule et dit à un collaborateur : « Tu me mets quelques Blancs, quelques Whites, quelques Blancos. »[43]

Pourquoi ça pose problème : le propos réduit directement la composition souhaitable de l’image d’une ville à une correction visuelle fondée sur la couleur de peau. Le contexte de la brocante n’ajoute pas de référent qui changerait le sens de la phrase.[43]

Citation · 2013

Manuel Valls — « Les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie »

Sur France Inter en septembre 2013, Manuel Valls affirme que les populations roms ont des « modes de vie extrêmement différents des nôtres » et conclut : « Les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie. »[44]

Pourquoi ça pose problème : le raisonnement passe d’une catégorie très hétérogène de personnes à un jugement collectif sur leurs modes de vie, puis à une destination nationale supposée commune. Le contexte ne réduit donc pas la généralisation : il en fournit la logique.[44]

Citation · 2016

Manuel Valls — le voile comme « asservissement de la femme »

Lors d’un débat sur l’islamisme le 4 avril 2016, Manuel Valls affirme que le voile n’est ni un phénomène de mode ni une simple couleur portée : « c’est un asservissement de la femme ».[45]

Pourquoi ça pose problème : la phrase transforme en définition générale du vêtement une interprétation qui peut correspondre à certaines situations de contrainte mais pas à toutes les raisons pour lesquelles des femmes le portent. Le contexte du débat sur l’islamisme confirme le propos ; il ne le limite pas aux cas de coercition documentée.[45]

Citation · 2016

Manuel Valls — Marianne « n’est pas voilée parce qu’elle est libre »

À Colomiers le 29 août 2016, en pleine polémique sur le burkini, Manuel Valls déclare : « Marianne […] a le sein nu parce qu’elle nourrit le peuple, elle n’est pas voilée parce qu’elle est libre. »[46]

Pourquoi ça pose problème : la formule transforme une convention iconographique variable en démonstration politique sur la liberté réelle des femmes. Or il n’existe pas de buste officiel unique de Marianne : chaque sculpteur et chaque mairie ont historiquement pu choisir des représentations très différentes, avec bonnet phrygien, couronne végétale, diadème, chevelure découverte, poitrine nue ou corps entièrement vêtu.[46][58]

Et même sur le plan visuel, l’argument est plus bancal qu’il n’y paraît : certaines Mariannes portent un bonnet phrygien dont les pans retombent sur les épaules et encadrent le visage. Le Sénat décrit ainsi une Marianne de Fernand Dubois avec « les pans de son bonnet » retombant sur les épaules.[57] Cela peut rappeler visuellement une étoffe couvrant partiellement la tête, mais la source patrimoniale parle bien d’un bonnet, pas d’un voile.

Déduire de la tenue d’une allégorie aussi variable un principe selon lequel une femme serait libre parce qu’elle ne se couvre pas la tête fait donc dire à Marianne ce qu’elle n’a jamais signifié de manière constante.[46][57][58]

Citation · 2023

Pascal Praud — immigration, hygiène et punaises de lit

Le 29 septembre 2023 sur CNews, Pascal Praud évoque « beaucoup d’immigration en ce moment » et demande si les punaises de lit peuvent être apportées par des personnes n’ayant pas « les mêmes conditions d’hygiène » que celles déjà présentes en France.[47]

Pourquoi ça pose problème : l’association proposée lie spontanément immigration et défaut d’hygiène alors que la présence de punaises de lit n’indique pas un manque de propreté. Les autorités sanitaires expliquent surtout leur diffusion par les déplacements, les bagages, les vêtements et les objets contaminés.[55]

Le fait que la phrase soit formulée comme une question ne fournit pas en soi d’élément établissant le lien suggéré.

Citation · 2020

Pascal Praud — « tous les enfants de France doivent avoir des noms de saints ? »

Sur CNews en octobre 2020, après l’assassinat de Samuel Paty, Pascal Praud défend l’intérêt du débat sur les prénoms puis demande : « La loi doit changer et tous les enfants de France doivent avoir des noms de saints ? »[48]

Pourquoi ça pose problème : la forme interrogative intervient après plusieurs phrases favorables au retour de prénoms dits « français » et à la référence napoléonienne. Elle fait donc bien entrer une contrainte d’identité culturelle à la naissance dans le champ des solutions discutées.[48]

La référence historique est en outre simplifiée : la loi de 1803 n’imposait pas seulement les saints chrétiens, puisqu’elle admettait aussi des noms issus d’autres calendriers et de personnages connus de l’histoire ancienne.[56]

Citation · 2020

Philippe de Villiers — « une immigration-colonisation de barbares »

Sur i24News en 2020, Philippe de Villiers parle d’« une immigration-colonisation de barbares », convoque Rome et les Wisigoths, puis affirme que lorsqu’on accepte « des colons », ils finissent par vous coloniser.[49]

Pourquoi ça pose problème : le contexte confirme entièrement la métaphore. Des personnes immigrées contemporaines sont placées dans le rôle historique d’envahisseurs barbares et de colons ; l’immigration n’est plus décrite comme un phénomène social mais comme une conquête territoriale hostile.[49]

Citation · 2006

Philippe de Villiers — « L’islam est le terreau des islamistes »

En février 2006, dans un discours consacré à l’« islamisation » et à l’« immigration zéro », Philippe de Villiers affirme : « L’islam est le terreau des islamistes », avant d’opposer « la République » et « la charia ».[50]

Pourquoi ça pose problème : la métaphore du « terreau » installe une continuité causale entre une religion pratiquée par des millions de personnes et l’extrémisme politique qui s’en réclame. Le contexte ne distingue pas une doctrine islamiste particulière : il part bien de l’islam en général.[50]

Citation · 2025

Bernard Arnault — Gabriel Zucman, « militant d’extrême gauche » à la « pseudo-compétence universitaire »

En septembre 2025, pour combattre la taxe proposée par Gabriel Zucman sur les très hauts patrimoines, Bernard Arnault qualifie l’économiste de « militant d’extrême gauche » et met en cause sa « pseudo-compétence universitaire ».[51]

Pourquoi ça pose problème : cette partie de l’argumentation ne réfute ni une hypothèse, ni un calcul, ni une méthode de la proposition fiscale ; elle cherche à disqualifier son auteur par son orientation supposée et par une attaque sur sa compétence. Le désaccord économique peut être débattu sans que l’étiquette idéologique fasse office de démonstration.[51]

Citation · 2011

Laurent Wauquiez — l’« assistanat », « cancer de la société française »

En mai 2011, Laurent Wauquiez qualifie les « dérives de l’assistanat » de « cancer de la société française » et soutient notamment qu’un couple au RSA peut gagner davantage qu’un couple avec un salaire au SMIC.[52]

Pourquoi ça pose problème : la métaphore médicale présente un dispositif de protection sociale comme une pathologie qui rongerait le corps collectif. Surtout, l’exemple chiffré central avancé pour illustrer cette thèse ne résistait pas à la vérification effectuée à l’époque.[52]

Citation · 2015

Nadine Morano — « un pays […] de race blanche »

Dans On n’est pas couché en septembre 2015, Nadine Morano déclare : « Nous sommes un pays judéo-chrétien […] de race blanche », puis ajoute qu’elle ne veut pas que la France « devienne musulmane ».[53]

Pourquoi ça pose problème : la phrase associe explicitement l’identité nationale à une catégorie raciale et religieuse, puis présente l’évolution de cette composition comme quelque chose à empêcher. Le contexte complet renforce cette articulation plutôt qu’il ne la corrige.[53]

Citation · 2025

François Bayrou — la France « approche » d’un « sentiment de submersion »

Sur LCI le 27 janvier 2025, François Bayrou dit les apports étrangers positifs jusqu’à une certaine « proportion », évoque le sentiment de ne plus reconnaître son pays ou sa culture, puis affirme qu’en France, concernant un « sentiment de submersion », « on s’en approche ».[54]

Pourquoi ça pose problème : le mot « sentiment » est bien présent et doit être conservé. Mais la phrase ne se contente pas de rapporter l’émotion d’autrui : Bayrou estime lui-même que la France s’en approche. La métaphore de la submersion transforme alors une question de population en image de débordement et de perte du territoire familier.[54]

Citation · 2025

Franz-Olivier Giesbert — « des gens d’extrême gauche déguisés en économistes »

Lors d’un débat sur BFMTV consacré notamment au temps de travail, Franz-Olivier Giesbert lance à Sandrine Rousseau : « Madame, vous ramenez encore votre science, et moi comme plein de Français, j’en ai marre de ces gens d’extrême gauche déguisés en économistes qui nous donnent des leçons. » Rousseau lui répond qu’elle est chercheuse en économie et qu’elle a travaillé dans un laboratoire du CNRS.[59]

Pourquoi ça pose problème : la formule attaque d’abord la légitimité professionnelle de son interlocutrice en l’assimilant à une militante « déguisée » en économiste, plutôt que de réfuter son argument économique. Or l’Université de Lille répertorie Sandrine Rousseau comme maîtresse de conférences, section 05 — sciences économiques, rattachée au CLERSE, UMR CNRS 8019.[60]

Le contexte du débat portait notamment sur la réduction du temps de travail et les effets des 35 heures. On peut évidemment contester ses chiffres ou ses conclusions ; cela ne rend pas sa qualification d’économiste fictive.[59][60]

Citation · 2019

Emmanuel Macron — « Ne parlez pas de répression ou de violences policières »

Le 7 mars 2019, lors du Grand débat national à Gréoux-les-Bains, une participante évoque la répression des Gilets jaunes et l’usage de la force. Emmanuel Macron lui répond : « Ne parlez pas de répression ou de violences policières, ces mots sont inacceptables dans un État de droit. » Il poursuit en défendant le rôle des forces de l’ordre face aux violences et en refusant le terme de « répression ».[61][62]

Pourquoi ça pose problème : l’existence d’un État de droit ne signifie pas que ses agents ne puissent jamais commettre de violences illégales ; elle signifie précisément que l’usage de la force publique est encadré par le droit et peut faire l’objet de contrôles, d’enquêtes et de sanctions. Au moment de cette déclaration, des enquêtes de l’IGPN étaient déjà ouvertes sur des faits survenus pendant le mouvement des Gilets jaunes.[61]

Le contexte ne permet donc pas de réduire la phrase à une défense banale des policiers : Macron conteste explicitement la possibilité même d’employer l’expression « violences policières » au motif qu’elle serait incompatible avec l’État de droit.[61][62]

Sources du dictionnaire

62 références
  1. « Accusé, couchez-vous ! » — Franc-Tireur n°65Franc-Tireur, 8 février 2023 — l’accusation d’« islamophobie » est présentée comme susceptible d’entraver le débat public.
  2. « Dites “anti-musulman” » — Franc-Tireur n°182Franc-Tireur, 2025 — débat sur le terme « islamophobie » et ses effets dans la discussion publique.
  3. « Islamophobie : une arme de propagande massive »Causeur, 20 août 2019 — entretien avec Philippe d’Iribarne.
  4. Les discriminations fondées sur la religion — constats et analysesDéfenseur des droits — cadre juridique et données sur les discriminations religieuses.
  5. INA / data.ina.fr — outil « Mots »Outil de suivi des expressions prononcées dans les médias audiovisuels.
  6. « La police tue » : quand Mathilde Panot remet une cible dans le dos des policiersEurope 1, 17 septembre 2025.
  7. Delphine Ernotte attaque CNews : « Dire de quelqu’un qu’il est d’extrême droite, c’est lui mettre une cible dans le dos »Europe 1, 18 septembre 2025 — Gabrielle Cluzel.
  8. « Une cible dans le dos » : la petite formule qui permet de ne plus répondre à la critiqueL’advarP — analyse complète, corpus INA, exemples et limites.
  9. Marguerite Stern et Dora Moutot : « Le féminisme actuel a été parasité par l’idéologie transgenre et queer »Causeur, 11 février 2023 — entretien sur féminisme et transidentité.
  10. Le jugement orwellien de Dora Moutot pour transphobieCauseur, 2 juillet 2026.
  11. Beyond Instrumentalization: Far-Right Women’s Appropriation of Feminism in FrancePolitics & Gender, 2025 — étude de l’appropriation du féminisme par des militantes identitaires françaises.
  12. The Battle of Concepts: French Feminist Mobilizations Against the Far Right’s Appropriation of the Feminist LegacySpringer, 2025 — analyse des mouvements anti-genre, de l’appropriation du féminisme et de l’opposition aux droits trans.
  13. Droits des personnes transgenres : nouvelle décision-cadreDéfenseur des droits, 17 juin 2025 — discriminations liées à l’identité de genre et cadre de protection.
  14. Article 10 — Liberté d’expressionConseil de l’Europe — cadre de la Convention européenne des droits de l’homme.
  15. L’édito de Pascal Praud : « RSF contre la liberté d’expression »CNews, 14 février 2024.
  16. L’édito de Pascal Praud : « La liberté d’expression en danger ? »CNews, 14 janvier 2025 — à propos de propositions d’interdiction du réseau X.
  17. Michel Onfray sur la liberté d’expression et le service publicCNews, 18 février 2024 — exemple d’un cadrage de l’exclusion médiatique comme interdiction de parole.
  18. Causeur : Souriez, vous êtes grand-remplacés !Causeur, 7 septembre 2021 — « Grand Basculement » y est explicitement proposé comme formulation alternative à « Grand Remplacement ».
  19. « Grand remplacement » : Marion Maréchal stupéfie les journalistesCauseur, 14 mars 2022 — défense du fond du récit avec préférence pour « grand basculement ».
  20. Philippe de Villiers sur « grand remplacement », créolisation et islamismeCNews, 7 février 2025 — exemple de cadrage démographique et civilisationnel.
  21. The great replacement: Strategic mainstreaming of far-right conspiracy claimsNew Media & Society, 2022 — Mattias Ekman, sur la diffusion et la normalisation du récit du remplacement.
  22. Populist performances and the normalisation of the far right: the case of the ‘great replacement’ conspiracy theory in France and GermanyJournal of Contemporary European Studies, 2026 — étude des versions adoucies et plus acceptables du récit du remplacement.
  23. L’édito de Pascal Praud : « Attaques au couteau : un ensauvagement ? »CNews, 25 avril 2025 — l’édito relie une attaque au couteau à l’« ensauvagement général de la société ».
  24. L’édito de Pascal Praud : « L’immigration est hors de contrôle »CNews, 28 janvier 2026.
  25. L’édito de Paul Sugy : « Immigration : les chiffres prouvent la submersion »CNews, 5 février 2025.
  26. Laurence Ferrari : « Le mot “submersion” n’aurait jamais dû franchir les digues de la bien-pensance »CNews, 28 janvier 2025.
  27. L’édito de Thomas Bonnet : « Submersion : les Français valident, le PS s’offusque »CNews, 29 janvier 2025.
  28. L’édito de Mathieu Bock-Côté : « L’Europe vers un “effacement civilisationnel” ? »CNews, 7 décembre 2025.
  29. Gauthier Le Bret : « Le gouvernement est en ce moment comme une citadelle assiégée »CNews, 13 juillet 2024.
  30. Emmanuel Macron estime que le « grand absent de la politique » est « la figure du roi »RTL, 8 juillet 2015 — reprise de l’entretien accordé par Emmanuel Macron à l’hebdomadaire Le 1, avec le passage complet sur la « figure du roi ».
  31. Polémique sur Pétain, prix des carburants : le chaotique périple mémoriel de MacronLe Monde, 8 novembre 2018 — contexte de l’hommage aux maréchaux de 14-18 et propos d’Emmanuel Macron sur Pétain.
  32. Louis Sarkozy sur LCI : « Qu’ils crèvent tous »LCI, 26 septembre 2024 — extrait vidéo de la séquence consacrée aux opérations israéliennes contre le Hezbollah ; le pronom « ils » n’est pas développé dans la phrase elle-même.
  33. « Votre prénom est une insulte à la France » : Hapsatou Sy diffuse les propos d’Eric ZemmourLe Monde, 18 septembre 2018 — transcription et contexte de l’échange entre Eric Zemmour et Hapsatou Sy.
  34. CNews de nouveau sous le feu des critiques après des propos d’Eric Zemmour sur les mineurs isolésLe Monde, 2 octobre 2020 — propos d’Eric Zemmour sur les mineurs étrangers isolés et réaction sur le plateau.
  35. Eric Zemmour, poursuivi pour « contestation de crime contre l’humanité », a été relaxéLe Monde, 4 février 2021 — transcription du débat de 2019 sur Pétain et rappel du débat historique.
  36. Jordan Bardella : « Je ne crois pas que Jean-Marie Le Pen était antisémite »BFMTV, 5 novembre 2023 — déclaration de Jordan Bardella et précision immédiate sur la Shoah.
  37. État de droit : les propos de Bruno Retailleau inquiètent, mais ne surprennent pas au SénatPublic Sénat, 30 septembre 2024 — citation complète et contexte de l’entretien au JDD.
  38. Débat Marine Le Pen–Gérald Darmanin : la « mollesse » au sujet de l’islamLe Monde, 12 février 2021 — débat France 2 du 11 février 2021.
  39. Pour Marine Le Pen, la France « n’est pas responsable du Vél d’Hiv »RTL, 9 avril 2017 — réponse au Grand Jury sur la reconnaissance par Jacques Chirac de la responsabilité de la France.
  40. La phrase choc de Nicolas Sarkozy quelques jours avant les émeutes de 2005INA, archive d’octobre 2005 — contexte d’Argenteuil, interpellation d’une habitante et reprise du mot « racailles » par Nicolas Sarkozy.
  41. Immigration : analyse du « quand il y en a un ça va » de Brice HortefeuxINA, archive de 2009 — séquence de Seignosse auprès d’un jeune militant né de père algérien.
  42. Travail, allocations : pourquoi le débat est relancéLe Monde, 24 septembre 2022 — contexte de la déclaration de Fabien Roussel à la Fête de l’Humanité.
  43. Extrait d’une vidéo polémique de Manuel VallsINA, juin 2009 — archive de la brocante d’Évry et du propos sur « quelques Blancs ».
  44. Manuel Valls : « Les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie »Le Parisien, 24 septembre 2013 — reprise de l’entretien de Manuel Valls sur France Inter avec le passage sur les « modes de vie ».
  45. Primaire à gauche : les phrases chocs de Manuel VallsLe Parisien, 5 décembre 2016 — rappel du propos du 4 avril 2016 sur le voile comme « asservissement de la femme ».
  46. Marianne, le voile et les droits des femmes : les propos de VallsLe Monde, 30 août 2016 — discours de Colomiers et mise en contexte historique de l’allégorie de Marianne.
  47. Les punaises de lit ont envahi la téléLe Monde, 6 octobre 2023 — reprise de la question de Pascal Praud associant immigration, hygiène et punaises de lit.
  48. Après le meurtre de Samuel Paty, le concours Lépine des idées d’extrême droiteTélérama, 20 octobre 2020 — transcription du passage de Pascal Praud sur les prénoms « français » et les noms de saints.
  49. La semaine où les « vérités » de la fachosphère ont triomphéTélérama, 2020 — transcription du passage de Philippe de Villiers sur i24News et l’« immigration-colonisation ».
  50. Philippe de Villiers s’en prend à l’« islamisation rampante »Le Monde, 6 février 2006 — conseil national du MPF et déclaration sur l’islam comme « terreau ».
  51. Bernard Arnault tacle Gabriel Zucman, « un militant d’extrême gauche »TF1 Info, septembre 2025 — propos de Bernard Arnault au Sunday Times sur Gabriel Zucman et sa proposition fiscale.
  52. « Assistanat » : les mauvais exemples de Laurent WauquiezLe Monde, 9 mai 2011 — déclaration sur le « cancer » de l’assistanat et vérification de l’exemple chiffré avancé.
  53. Nadine Morano évoque la « race blanche » de la FranceLe Monde, 27 septembre 2015 — propos tenus dans On n’est pas couché sur France 2.
  54. Immigration : « sentiment de submersion », ce qu’a dit François Bayrou sur LCITF1 Info, 28 janvier 2025 — verbatim élargi de l’entretien de François Bayrou sur LCI.
  55. Punaises de lit : informations sanitaires et modes de propagationMinistère de la Santé — la propreté n’empêche pas une première infestation ; la propagation passe notamment par les voyages, vêtements et bagages.
  56. Non, on pouvait déjà porter d’autres prénoms avant 1993Le Monde, Les Décodeurs, 17 septembre 2018 — rappel du contenu réel de la loi de 1803 sur les prénoms.
  57. Marianne exposées dans la salle des ConférencesSénat — description patrimoniale d’une Marianne de Fernand Dubois : bonnet phrygien dont les pans retombent sur les épaules.
  58. Les bustes de Marianne — PrésentationAssemblée nationale — il n’existe pas de buste officiel unique de la République ; les représentations de Marianne sont historiquement très diverses.
  59. Débat BFMTV : Franz-Olivier Giesbert face à Sandrine RousseauReprise vidéo et transcription de la séquence BFMTV — échange sur le temps de travail ; Giesbert parle de « gens d’extrême gauche déguisés en économistes », Rousseau rappelle sa carrière de chercheuse en économie.
  60. Sandrine Rousseau — Université de LilleUniversité de Lille — maîtresse de conférences, CNU section 05 « sciences économiques » ; rattachement au CLERSE.
  61. Violences policières : 174 enquêtes de l’Inspection générale de la police nationaleLe Monde, 16 mars 2019 — verbatim de la déclaration d’Emmanuel Macron du 7 mars à Gréoux-les-Bains et état des enquêtes IGPN.
  62. Macron conteste toute « répression » contre les Gilets jaunesLe Parisien, 8 mars 2019 — contexte immédiat de l’échange au Grand débat national et suite du propos présidentiel.